Lundi 7 mai 2007

Qui en doutait ? Depuis des mois, les médias et la classe politique répandent l’information selon laquelle les élections législatives se dérouleraient les 10 et 17 juin 2007. C’est oublier que le droit produit des contraintes que ni la classe politique ni les médias ne semblent parfaitement maîtriser. Pour que des élections législatives aient lieu, il faut que le Premier ministre signe un décret convoquant les collèges électoraux. Cette formalité a été satisfaite le 24 avril 2007. Pour autant, la situation n’était pas définitive. La régularité de cet acte administratif préalable à l’élection pouvait être contestée devant le Conseil constitutionnel par n’importe quel électeur. Cette opportunité n’a pas échappé à M. Pascal Jan qui, en sa qualité d’électeur (et non pas en tant que professeur de droit public), a saisi le 28 avril les juges de la rue Montpensier. Dans l’indifférence médiatique la plus totale, ces derniers ont rejeté le recours en annulation. Il est vrai que seule une autre solution aurait constitué un séisme dans la vie politique, avec sans doute des répliques n’épargnant pas le Conseil constitutionnel. Il n’en reste pas moins que, d’un point de vue juridique, le recours n’était pas sans intérêt. M. Jan faisait valoir que le décret était contraire à la Constitution parce que les élections législatives ne pouvaient avoir lieu tant que le législateur n’avait pas modifié le découpage des circonscriptions électorales. En effet, le principe d’égalité devant le suffrage exige que l’Assemblée nationale soit élue sur des « bases essentiellement démographiques ». Or, dans ses observations formulées le 7 juillet 2005, le Conseil constitutionnel avait relevé que le dernier découpage des circonscriptions législatives qui remonte à 1986 ne permettait plus de satisfaire à cette exigence constitutionnelle. Le Conseil constitutionnel a donc exhorté le législateur à corriger au plus tôt les disparités de représentation sur le territoire national. En vain. L’inertie du législateur a été soulevée par M. Jan posant par là une question simple et redoutable au Conseil : le juge de la régularité des élections législatives peut-il sanctionner la carence du législateur ? Sans trop de surprises le Conseil a répondu par la négative. En effet, le Conseil a déjà eu l’occasion de rappeler que lorsqu’il agit en tant que juge de l’élection, il n’est pas juge de la constitutionnalité de la loi. Ses pouvoirs ne sont pas les mêmes. Il ne peut sanctionner la carence du législateur en matière de découpage électoral que s’il est saisi d’une loi en vertu de l’article 61 de la Constitution. Dès lors, le Conseil conclut que le décret qui fixe les dates des élections législatives n’est pas entaché par l’inconstitutionnalité de la loi délimitant les circonscriptions législatives. Si la position du Conseil est cohérente, elle entraîne des conséquences non négligeables. En validant le décret du 24 avril 2007, le Conseil reconnaît que les prochaines élections législatives méconnaîtront en toute impunité le principe d’égalité devant le suffrage, un principe constitutionnel fondamental dans une démocratie.

Guillaume Merland

par Webmaster publié dans :
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