Bâtir et habiter la démocratie : quête de sens et d'équilibre

Publié le par Webmaster

À l’invitation du Cercop, M. GAUCHET, directeur de recherches à l’EHESS, a prononcé à la faculté de droit de Montpellier une conférence sur le thème « Comprendre l'histoire de la démocratie », dont on voudrait ici rendre compte.

« Comprendre l'histoire de la démocratie », et par là même comprendre la démocratie, ne serait pas qu'un objectif épistémologique, mais bien un objectif civique souligne M. GAUCHET, emportant avec lui la question épineuse de la neutralité axiologique propre au chercheur qui s'attache à comprendre la démocratie, en avouant que la démocratie ne trouve aujourd'hui « plus de véritables opposants ». Mais si l'idée d'une crise de la démocratie semble erronée, celle d'une crise dans la démocratie ne l'est pas. Dès lors s'agit-il de « comprendre la démocratie » afin d'identifier les causes du divorce moderne qui semble devoir être prononcé entre la liberté et le pouvoir. La démocratie serait aujourd'hui réduite – et l'acception courante du terme en atteste – à sa part libérale et ne réaliserait plus « la conversion de la liberté de chacun en pouvoir ». Quelles sont donc les origines de cette crise dans la démocratie?

La modernité est générée par les révolutions (politique, industrielle, intellectuelle,...) qui caractérisent le processus d'« autonomisation » de la société vis-à-vis du religieux, toujours en cours depuis le XVIe siècle, et qui provoquent la sortie de l'organisation hétéronome, c'est à dire selon une structuration religieuse, du monde humain, capable à présent de se donner ses propres normes et de se produire dans le changement. Aussi, écrit M. GAUCHET, « la démocratie des Modernes […] est fille de la sortie de la religion ». Mais aujourd'hui, la démocratie serait confrontée à une nouvelle crise de croissance qui en rend problématique l'exercice et le fonctionnement. Après une première crise, de la fin du XIXe au début du XXe siècle, dirigée contre le pouvoir politique absolu et vers l'avènement du suffrage universel, la présente serait, inversement, une réaction contre la peur du vide, contre l'absence de pouvoir. Et cette relation causale inverse s'expliquerait par le fait que la démocratie d'aujourd'hui est fondée sur les acquis de la réponse à la première crise cristallisés sous les Trente Glorieuses et qui se traduisirent par une « forte discipline collective » réalisant une consolidation politique et sociale de la démocratie libérale. Au demeurant, quoique différentes dans leurs manifestations, ces deux crises de croissance seraient liées à l'avancée de la révolution vers l'« autonomie » de la société vis-à-vis du religieux, caractérisée par trois composantes : politique, juridique et historique.

Par la politique, d'abord, l'autonomisation se caractérise par la dépersonnalisation du pouvoir et la structuration de l'État-nation du début du XVIe siècle au milieu du siècle suivant. Par le droit, ensuite, qui devient, à partir du milieu du XVIIe siècle par la figure des droits de l'homme, la source de légitimité du pouvoir. L'automatisation passe par l'occultation du collectif et l'émergence de l'individualisme. « Ce qui compte [désormais, affirme M. GAUCHET], c'est « ce que les individus font de leurs collectifs ». Par l'histoire, enfin, la société réalise son passage à l'autonomie. Alors que l'hétéronomie est le règne de la tradition héritée du passé, l'autonomie « fait passer le temps qui compte vers l'avenir ». Ce passage, opéré entre le milieu du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe, se caractérise par l'orientation de la société vers le progrès, la production, et explique l'avènement culturel du capitalisme. Or, ce basculement de la société, du passé vers l'avenir, implique un changement de rapport entre pouvoir et société. D'un « pouvoir-cause », l'autonomisation réalise le passage à un « pouvoir-effet » qui sort de la société pour répondre à ses besoins. Dans l'autonomie, la société devient le lieu de l'action pour la production de l'histoire, pour le changement. C'est là le renversement libéral dans lequel le Gouvernement représentatif des modernes trouve son origine. Aussi, plus qu'un idéal, l'autonomie constitue-t-elle « une manière pour nos sociétés de se reproduire dans le temps ».

Reste alors, pour tenter de comprendre l'évolution de la démocratie, à appréhender le lien qui unit ces trois composantes dont chacune prétend à elle seule constituer la clé de compréhension de cette évolution (ainsi les « conservateurs » privilégieront la politique, les « libéraux ». le droit, et les « socialistes », l'histoire). Car, si ces trois composantes apparaissent successivement et de manière indépendante, l'idée qu'elles pourraient être simultanées et liées entre elles , émerge à la lumière du XXe siècle, avec la question rénovée du « régime mixte » qui met sous tension la politique, le droit et l'histoire. Le XXe siècle découvrira alors les deux faces de l'autonomie : la face sombre jusqu'au totalitarisme et la face claire pendant les Trente glorieuses qui réalisent la synthèse difficile de la politique, du droit et de l'histoire.

Mais cette synthèse n'était pas durable et, depuis le milieu des années 1970, la société est entraînée dans un triple approfondissement du politique, du droit et de l'histoire qui a disloqué la synthèse démocratique des Trente glorieuses. Depuis, chacun travaille à la « fabrication de l'histoire » ou à l'entretien révérencieux de l'histoire antiquaire, sans qu'il soit dès lors possible de savoir où va l'histoire. De même, la composante politique de la démocratie traverse une double crise de l'État-nation et de la représentation, si bien que les sociétés sont devenues aveugles à leurs propres conditions de fonctionnement politique. Enfin, à travers la démocratie des droits de l'homme, la démocratie se remet à l'heure de ses fondements individuels.

C'est donc ici que se situe la crise de croissance de la démocratie. Car s'il y a bien une avancée de la démocratie, cette avancée pose le problème du sens de la démocratie. Une « démocratie contre elle-même » et sans prise sur les choses puisqu'elle ne pense pas ses conditions d'existence comme de sens. Aussi faut-il, selon M. GAUCHET, reconstruire le « régime mixte » en attribuant à chacune des composantes de la démocratie leur juste place pour bâtir une démocratie plus digne de sa définition.

David Bailly

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uguen bernard 15/09/2014 16:41

J'ai entendu Monsieur Rousseau dire au sujet de la crise politique actuelle, qu'il fallait interdire la présence du Président de la république au conseil des Ministres. C'est bien vu et je tenais à
vous faire part d'une proposition à soumettre à Monsieur le Président de la république.

De fait il s'agit d'un article que j'ai déposé sur Agoravox, http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/hollande-le-revolutionnaire-ou-le-156568?pn=1000#forum4119124

et dont je vous fais un résumé ci dessous.

En fait la Présidentielle et la fonction présidentielle sont au coeur de la Véme République. C'est donc cette fonction qu'il faut transformer. La République française tourne autour de la
Présidentielle. Comme Hollande ne pourra pas se représenter en 2017, pourquoi ne propose t’il pas un référendum en 2015 sur la fonction présidentielle. (durée du mandat, mode désignation, pouvoirs,
compétences et devoirs du président... ). ??


En fait voulez vous un président à l’allemande avec un chancelier qui dirige, un président à l’américaine avec une bonne séparation des pouvoirs, un président à la Vaclav Havel ("vieux" sage poète
et écrivain) , un Président comme une reine d’Angleterre mais à contrat à durée déterminée.

C’est une sorte de référendum à options. POSONS LA QUESTION AU PEUPLE

Après cela les pouvoirs respectifs du Parlement découleront naturellement. Il faut stopper la Monarchie Républicaine. voir mon blog "Changer la République".
http://changerlarepublique.over-blog.com/

je vous remercie de votre attention.

Bernard Uguen.